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LA LETTRE DE SAUTE-FRONTIERE
> AVRIL 2011

Lettre à Gérald Chevrolet

T'as quitté là l'est plus là
l'est parti dans la mare aux canards
poussière de cendre argentée à la surface des étangs

T'as quitté là l'est plus là

T'avais qu'àAA t'avais qu'àA t'avais qu'à aller
pourquoi t'es pas allée
T'as écritAA pourquoi t'es pas allée
t'as écrit mais t'es pas allée
t'as dit ça va aller

Ta main ne peut plus étreindre
ta voix se taire

La brise frémit
les étang se rident
ton souffle danse dans l'air et les carpes repues dorment dans la vase.


Marion Ciréfice, Samedi 19 mars, de retour de Bure (Jura Suisse) après les obsèques de Gérald Chevrolet qui nous a quitté trop brutalement

   
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2001 Par-dessus le mur, l'écriture
Nous rêvions d'une ethnologie éclairée par la création artistique, d'une Europe voyageuse et hospitalière et tu es venu, Gérald, directeur artistique des Maisons Mainou. Nous nous sommes rejoints par-dessus le mur.
Toi, l'aventurier de la langue et du temps partagé, tu nous as fait rencontrer les auteurs suisses, les comédiens, tu as élargi notre public, ouvert les structures, tenté, par l'écriture et la parole, de sauter les frontières.

2002 Strates, le temps de la sédimentation
Dans la Vallée de Joux, à Chapelle-des-Bois, à Foncine-le-HAUT, tu as dirigé les comédiens. Avec Yves Laplace nous sommes devenus, toi et moi, passeurs, retrouvant dans le Risoux la mémoire des réfugiés. Cette année là, ce souvenir des Pérégrinations : un témoin, Bernard Bouveret, marchait au pas d'un comédien, lui racontant ce qu'il avait vécu. Michel Toman, le comédien, très ému, allait quelques instants plus tard, lire ce récit transposé par l'écriture d'Yves Laplace.

2003 Passage et perméabilité, le temps des glissements
Gérald, tu venais de rencontrer Rezwan, ton amour, et sur le quai de la gare de Vallorbe, à l'embarquement du train qui partait pour la France avec les mots de Durrenmatt, tu éclaboussais de ton grand rire le monde alentours. Le jambon à l'os concocté par tes amis décorateurs-restaurateurs restera un grand souvenir gastronomique !

2004 Effacement et résurgence, le temps de la sculpture des formes au fil du Doubs
Les Pérégrinations commençaient à trouver leur forme et leur rythme et toi, Gérald, tu ne voulais plus que cent personnes se déplacent chaque jour avec bagages et sans arme de part et d'autre de la frontière. Tu as eu raison de notre nomadisme. A partir de 2004, les valises se sont posées en un seul lieu, le temps des Pérégrinations. Quatre textes inédits sont nés de ce paysage - Béatrice Commengé, Annie Saumont, Françoise Matthey et Sylviane Chatelain – mis en onde par la radio Suisse Romande grâce à toi et ton amitié avec Anne-Marie Ring, Louis Philippe Ruffy.


2005 Confluences entre Rhône et Jura le temps des ramifications
Les Maisons Mainou ferment. Néanmoins, tu restes avec nous pour animer l'équipe de comédiens : Catherine Cretin, Muriel Racine et Daniel Vuillamoz avec qui tu mets en voix une multitude de textes dans les lieux les plus improbables de la montagne, sentiers, belvédères, rives de lac, refuges, bergeries, chapelles etc... . Vous êtes en communion avec les marcheurs des Pérégrinations, arrêtés un instant au bord du chemin pour écouter et se laisser envahir par le bonheur d'être là.

2008 La Maison de la poésie transjurassienne va bientôt ouvrir
les poètes prennent le relais portant eux-mêmes leur texte dans les haut-lieux du paysage.
Tu as retrouvé ta terre jurassienne. Tu écris davantage.


Tu étais présent avec nous, comme aujourd'hui, de toute façon,


A toi Gérald, Saute-frontière dédie cette dixième édition des Pérégrinations dans les Montagnes du Jura.

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Hommage à Gérald Chevrolet
par Maryse Vuillermet, auteure en résidence en 2005.

2005. Je te rencontre à l’occasion des Pérégrinations. Tu relis mes textes, m’aides à les retravailler, à les rendre plus concrets, plus vivants, à trouver la métaphore originelle, matrice qui les irrigue, dis-tu. Je me sens infiniment comprise.

Tu les lis ensuite au Berbois, tu crées l’inoubliable personnage du Père Grand-Clément avec tout ton Jura Suisse, qui fait écho au nôtre.

Tu te fâches quand Marius Popescu interrompt la lecture, tu dis : « La scène, c’est sacré, le travail des artistes, ça se respecte ! »

2007. Tu lis un long poème de Pierre-Alain Tâche, à la Villa palladienne. Tes parents sont là, attentifs, te couvant du regard comme un enfant aimé, grandi trop vite. Il me plaît de te voir grand homme et enfant.

2008. Nous correspondons par courriel. Tu relis un texte que je t’avais envoyé pour avoir ton avis, tu le fais gentiment, patiemment, et en plus de conseils féconds, tu me fais cadeau de ces phrases qui résonnent étrangement maintenant que tu n’es plus là, et que je rends à tous tes amis.


« L’implication profonde de la narratrice est bien sûr nécessaire pour que ces grands objectifs construisent le roman, mais si la jeunesse a été brûlée – alors qu’on était d’un milieu bourgeois, facile, comme Anne – l’âge mûr est dans l’errance et à la recherche d’une rencontre : avec soi-même. L’agitation de la course rencontre ici l’errance de l’observation. L’impatience cède le pas à la patience. Le fameux « silence » est enfin compris et on a compris le sien propre – par-delà les bavardages, etc. et on sait aujourd’hui que « l’âme humaine est très silencieuse ».

Oui, Gérald, tu as compris le fameux silence mais nous, on a du mal à accepter le tien.

La seule consolation à ton absence, tu le savais et tu nous l’as prodiguée généreusement, c’est que tes mots, tes textes, tes lectures demeurent avec nous.

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Saute-frontière Maison de la poésie transjurassienne
17, Grande Rue
Cinquétral
39200 SAINT-CLAUDE
03 84 45 18 47
marion.cirefice@sautefrontiere.fr