Final polyphonique
Sixième édition des Pérégrinations

Combe de saint Egon
Foncine-le-haut
dimanche 30 septembre 2007


En partenariat avec l'association La Pierralyne
et la Médiathèque de Foncine-le-haut
Musiciens : Frédéric Follmer (guitare basse)
Claude Jordan( flutes et programmation synthé)
et Alain Kawczak (guitare)
Comédiens :
Gérald Chevrolet,
Catherine Cretin,
Muriel Racine
Daniel Vouillamoz

et la participation des enfants de Foncine-le-Haut

1- Première partie : Promenade des enfants
2 -Deuxième partie : Mémoire des lieux
3 -Troisième partie : Poésie de l'instant

Textes imaginés par les habitants des communes de :
Chapelle-des-Bois, Mouthe, Chatelblanc, Foncine-le-haut, Chaux des Crotenay,
les Planches en Montagne, Champagnole...

choisis par les comédiens pour le final polyphonique
des Pérégrinations littéraires 2007

 

Promenade des enfants

La promenade

En nous promenant, nous avons vu ...

Un hôtel pour lapin gardé par un bonhomme en bois,
Une vallée de rochers proche d’un visage de pierre mécontent,

Un miroir d’eau avec des continents verts et flottants
Où les oiseaux chantent avec la cascade

En nous déplaçant, nous sommes tombés nez-à-nez avec...

Un éléphant de métal aux petits yeux noirs,
Le cou gris et lumineux d’une girafe municipale,

Une couverture en laine fleurie qui se fait manger par les vaches,
Au son d’une cloche qui joue avec les heures.

Et puis, nous avons aperçu ...

Un volcan d’écorce aux feuilles jaillissantes,
Un village de fleurs sur une paupière

Dont les arbustes sont des cils
Qui jouent avec le vent l’interminable concert de grillons.

Sur le chemin du retour, nous avons rencontré...

Deux flèches qui tentent d’attraper les étoiles,
Une ronde de piquets se tenant par la main,
Une vague immobile d’herbe et de cailloux

Que salue le dernier coucou.


Texte collectif imaginé par les enfants de la classe de CM2 Foncine-le-haut, dans le cadre de l'invitation faite à Pierre-Alain Tâche, poète suisse, mai 2007

 

Les rencontres amoureuses de mes grands-parents


Un beau jour d’été, nos trois grands-mères, Bernadette, Jacqueline et Colombine rencontrent Fernand, Georges et Pierrot, nos trois grands-pères à la piscine municipale de Champagnole.

Tout allait bien pour nos grands-mères jusqu’au moment où Bernadette décide de plonger. Au même moment, Fernand a la même idée : tous deux plongent en même temps et se cognent sous l’eau.
Jacqueline qui est très joueuse, pousse Colombine dans l’eau pour s’amuser. Pierrot, qui est maître nageur sauve alors Colombine de la noyade.
Jacqueline, elle non plus ne sait pas nager et ne veut pas aller dans l’eau. Mais Colombine qui veut se venger de sa mésaventure la pousse à l’eau à son tour et Georges plonge aussitôt pour la sauver. Il lui apprit alors à nager.

Au fur et à mesure du temps, les rendez-vous redoublèrent, les cadeaux furent de plus en plus romantiques et les poèmes de plus en plus poétiques.
Quelques mois plus tard, elles se marièrent toutes avec leurs bien-aimés.

Ils eurent tous des enfants.
Bernadette et Fernand eurent trois garçons : Frédéric, François et Fabrice.
Jacqueline et Georges eurent deux filles et deux garçons : Nathalie, Dominique, Bertrand et Philippe.
Colombine et Pierrot eurent une fille et un garçon : Véronique et Alexandre.

Tous ces enfants eurent aussi des enfants qui auront des enfants !


Texte collectif imaginé par Guinchard Elvina, Moine Anaelle, Thibaud Marie du Collège de Champagnole dans le cadre de l'invitation faite à Jean-Michel Olivier, poète suisse – juin 2007

 

La Chaumoz

C'est un endroit extraordinaire. IL renferme à lui seul des milliers d'espèces autant dans la faune que dans la flore. Cette tourbière me fascine aussi pour sa fragilité qui a souvent été menacée autrefois et encore aujourd'hui. Elle était très exploitée comme moyen de chauffage, ce qui boulversa l'environnement. Elle servait aussi de cimetière, dotée d'une mauvaise réputation : on pensait qu'elle engloutissait quiconque s'y aventurait.

Aujourd'hui, lorsque je m'y rends, j'éprouve un sentiment de liberté.

J'ai participé à un stage pour découvrir les tourbières et lorsque j'y suis retournée, je l'ai vu d'un autre oeil. J'ai observé sa faune (insectes, oiseaux, reptiles ...) mais aussi sa flore très riche et diversifiée. On y rencontre bouleaux, épicéas, pins à crochets ... J'aime m'arrêter, m'assoir et écouter les moindres bruits pour identifier les animaux qui y logent.

C'est un lieu extraordinairement calme et apaisant.

Joséfa Tuetey, Chapelle-des-bois
dans le cadre de l'invitation faite à Martin de la Soudière, sociologue – mars 2007

 

Mon lieu préféré

Vous prenez la chaux, ensuite vous aurez cinq tournants : vous y êtes!
C'est à côté de Pont de la Chaux à 10 mn de chez moi.
C'est une prairie avec des chamois.
J'y vais de temps en temps avec ma voisine Alison.


Juliette Tarby Gourier, Pont de la Chaux
dans le cadre de l'invitation faite à Martin de la Soudière, sociologue – mars 2007


Mes cabanes

Mon papy a construit la première vers 2000. Tout près, il ya un poirier. Avant, des enfants jouaient dedans. J'ai essayé de construire une autre cabane, mais je n'avais pas d'autre endroit. Par contre, dans un autre village, j'ai aidé mes cousins à construire une cabane : elle est en l'air. Le village s'appelle Malbuisson. Après, avec mes copains, on ira dans la forêt construire une autre cabane. Peut-être qu'il y aura un dortoir. A côté, il y a des terriers de blaireaux et renards. Ce qui sera pratique, c'est que là il y aura des framboises, des petits arbustes soigneurs (si on a une douleur au genou on prend quelque feuilles de l'arbuste : cela soigne). Ce sera difficile d'apporter de splanches et des clous. Mais l'avantage c'est que tout près, il y a le Doubs pour pêcher. On ira en vélo, pendant l'été. Dès que mes parents iront cueillir les freamboises, on ira s'amuser dans cette cabane et je pense que ce sera vraiment bien.

Jacques Hérault – 5 eme 3 – Mouthe .
dans le cadre de l'invitation faite à Martin d ela Soudière, avril 2007

 

Les étangs

Il y a des étangs privés et des étangs pour lesquels on vend des cartes de pêche.
Les étantgs privés appartiennent à des gens qui ne veulent pas qu'on pèche ou qu'on se baigne dedans.
Il y a des étangs pour lesquels on vend des cartes de pêche
soit à la semaine, soit à la journée ou à la demi-journée.
Les étangs privés que l'on connait, on peut y aller avec des amis.
Il y a trois étangs à Foncine mais ils sont tous privés.
Dans la plupart des étangs, il n'y a pas de poissons, il n'y a que des larves »

Vincent Monnier, Foncine le haut , le 15 mars 2007
dans le cadre de l'invitation faite à Martin de la Soudière, sociologue – mars 2007

 

Les six sangliers

Sur la route d'Entre deux Monts, mon père et moi nous avons vu six sangliers. Je n'ai pas eu peur. C'était il y a longtemps, en 2006.
C'était la première fois que j'en voyais.
J'aimerai bien voire :
des lynx, des renards, des chamois, des chevreuils.


Cart valentin, Entre-deux-Monts
dans le cadre de l'invitation faite à Martin de la Soudière, sociologue – mars 2007

 

Le jardin

Ce jardin est tout le temps vert avec l'herbe.
Ses fleurs rouge, jaune, rose,
ses arbres fuitiers comme le pommier, le poirier, le cerisier, le groseiller.
Des abeilles et des guêpes sont aussi présentes en été et les oiseaux font du bruit le matin.
Il y a aussi un étang avec des grenouilles qui croassent et des insectes.
Dans ce jardin, je joue au ballon.
Quans je m'allonge dans l'herbe et que je me repose, j'entends les grillons, les oiseaux, je sens l'odeur de l'herbe coupée dès le matin et lorsqu'arrive le soir , je me dis que demain, je pourrais recommencer.

Giannotta Victor, classe de 5ème Mouthe
dans le cadre de l'invitation faite à Joel Vernet , poète – avril 2007

 

Le matin de Chaux

En sortant de sa maison, Emilie salue
Le visage tranquille de la porte de grange et ses yeux rectangulaires
La voiture sur le talus comme une fraise posée sur un gateau
L'église qui ressemble à une grosse poule et la fontaine au nez qui coule
Et même ce gros escargot : la bétonnière!

En longeant le chemin comme un serpent vers la forêt, Emile s'interroge
Sur les flammes vertes d'un buisson et sa cage d'os
Sur les arbres en forme de main comme une muraille
Avec à son pied, une pile de bois comme un escalier déformé, une mâchoire de crocodile
Sur la voie ferrée qui doit l'emmener au bout du monde.

Emile revient, il n'est pas temps d'aller si loin et il aime son village
Ses arbres comme un père tenant la main de son enfant
La couleur de sa maison
Ses pierres chaudes comme des tortues endormies
les clochettes de vache et le camion de lait
Qui réveille des gens polis et agréables
Le perchman du téleski, et aussi Carl, avec qui il aime faire du handball!
Le bon pain de la boulangerie, les délicieux bonbons de la coop et la belle ferme des Charbonniers
l'école et les copains avec qui il aime jouer, courir, aller au paradis dans de bonnes circonstances!
Dans la cour, il y a toujours des disputes quand les ronchons se mettent à l'épreuve.

C'est là, depuis son village, qu'Emile va aux champignons à vélo
-les trompettes et les chanterelles -
pêche dans la Saine avec son grand frère
Fait le tour du Rutillet en marchant, puis visite le Cercle-veau
Cueille des gentianes près du Creux des Joyaux, du petit et du grand Relais!
Et en hiver, fait du ski, des bonhommes de neige avec sa famille,
regarde les décorations de Noël vers l'école
le grand chalet allumé
la nuit peut parfois être triste et parfois elle peut être joyeuse

Tous les jours un étoile naît et un étoile meurt .

Quand nous ne serons plus là, pense Emile, le temps aura-t-il changé?
Le village sera-t-il toujours aussi beau? Aussi vert? Aussi blanc? Aussi charmant?
Nous ne saurons jamais!

Textes individuels imaginés par les enfants de l'école primaire de la Chaux des Crotenay dans le cadre de l'invitation faite à Pierre-Alain Tâche, poète suisse, et réunis par Gérald Chevrolet , comédie

 

Mémoires des lieux

Textes imaginés par les adultes ayant participé aux chantiers d'écriture

- de l'hiver (avec Martin de la Soudière)
- et du printemps (avec Joël Vernet et Pierre-Alain Tâche)

 


Entre toutes les lignes horizontales du Jura

je me suis glissée peu à peu…

Celle des pâturages m’a donné envie d’y mettre mes pas, sans fin, le long des murs de pierres sèches, sur la mousse des tourbières fauves, au milieu des pointillés de crocus mauves et blancs…

Il n’y a pas de frontières : on peut s’y mouvoir comme sur le bleu de la mer…et puis, quand même, on heurte un récif : c’est l’habitat solide des gens de ce pays…ces fermes trapues, où hommes et bêtes font bon ménage, surtout en hiver, croulant sous le poids des neiges si belles et si froides, donnant une autre horizontalité à ce coin de terre.

Autre ligne, c’est la forêt, qui souligne les courbes du relief…d’aucuns la trouvent sombre, cette vague au parfum enivrant de résine…moi, j’ai plutôt envie d’y pénétrer et d’y deviner le soleil, au travers des branches du sapin-président, vigueur d’un terroir tout entier…

La ligne des cimes rocheuses m’a obligée à lever le nez de ce patrimoine naturel, et là, j’ai appréhendé le ciel, dernière strate de ce paysage si complet : avec le chant des oiseaux, je me suis envolée sur le zéphyr de ces lieux en en parfum de liberté…

On ne commence pas le Jura comme un beau livre…

On ne finit pas le Jura comme un bon repas…

Il se répand en vous, comme la sève essentielle de ces grands conifères, qui, dans leur verticalité, donneraient une deuxième dimension à ma première horizontalité.

Rachel Rapin Chapelle-des-Bois, le 14 avril 2007 / Payerne VD

 


Les gîts du Risoux

Il s sont des passages où l'on jette les bois exploités sur le Risoux
ou encore les sentiers fréquentés par les piétons. Ceci entre le territoire de Bellefontaine et la Combe des Cives.

Voici les noms sous lesquels ils sont connus :

« le git de la pierre » à une vingtaine de mètres de la Cancise
« le git des chalets » en face du chalet Champion ou des Anges
« le git des vaches » , le seul par lequel on peut conduire les troupeaux sur le Risoux
« le git d'entreroche » à l'Est du Village est sentier pour aller en Suisse,
« le git du Désert » en face du village,
« le git Toinon » à peine à droite du précédent, va en Suisse,
« le git du Renard » à droite du précédent,
« le git Besson » ou « git de la Borne (Borne aux trois Corbeaux),
« le git de la Sauge » et « le git des Halles » ou « git Louis » - lequel des deux?
« le git de la Perche »,
« le git de l'Echelle » célèbre pour les passages de Victoria,
« le git des grands-petits »,
« le git de Pirod » par où on passe pour aller à Bois d'Amont.

Il y en a un qui ne porte plus le nom de gite mais « chemin de la rampe ». Il est accessible au bétail et aux chevaux pour le débardage des bois. En janvier 1871, des détachements de l'armée de Bourbaki y passèrent pour se rendre en Suisse.
Aujourd'hui, la plupart de ces sentiers, sauf deux ou trois, sont laissés à l'abandon et envahis de broussailles et c'est bien regrettable! .. .

Ne semble-t-il pas que les premiers intéressés seraient les propriétaires des espaces où se trouvent ces sentiers?


Guy Pagnier - Chapelle-des-Bois

 


Lettre ouverte à Monsieur Martin de la Soudière.

Je ne sais, Monsieur, ce que vous désirez savoir sur ce petit village qui est le mien depuis toujours. Il est «Villa Pontibus» dans les temps les plus reculés ou Les Planches-en-Montagne, chef-lieu de canton.

Mes aïeux m’y ont précédée laissant leurs fragiles empreintes. Ils m’ont fait leurs adieux sans plus de façon et souvent leurs chers visages, si familiers, me rendent visite.

Voyez-vous, Monsieur, mon village avec le progrès, tel un faucheur qui avance sa large lame, a rétréci. Adieu la poste. Adieu la perception. Adieu la gendarmerie. Adieu l’école. Mais le point « I », bienvenu, est arrivé.
Je ne pleure pas, Monsieur. Je suis moi-même une intermittente, en transhumance. Je reviens dans ce pays comme les hirondelles dès que le printemps s’annonce.
Je veux vous dire, aussi, Monsieur que ce village se sent moins seul depuis que les gens, voyageurs éphémères, connaissent le label des Gorges de la Languette et le site via Internet.

Croyez-moi, Monsieur, mon émotion reste intacte :
Quand je vois les sapins à la verdure si sombre
Quand j’entends le bruit de l’eau qui s’écoule
Quand je goûte la truite du pays
Quand je trouve une morille à l’abri d’un frêne
Quand je récolte mes haricots face au « Cuard »
Quand je cours les sentiers forestiers….

Oui, Martin, je quitte le voussoiement après ces quelques lignes personnelles, mon cœur bat toujours pour ce petit coin de montagne et ce village ramassé autour de son église.

Suzanne Bourdon, Les Planches en Montagne.

 

Le paysage donne des ailes à la pensée

A l'Orient, la forêt trace un cercle sur l'horizon que prolonge à l'occident l'azur du ciel. Cette ligne définit le lieu au centre duquel je me trouve.
Un mur gris de pierre sèche surgit de l'horizon et fracture le vert tendre du pré.
De derrière le mur, émerge une touffe de jeunes saules bourgeonnants.
Mémoire d'eau qui tient en réserve les sédiments de la vie.
Quittant sa ligne droite le mur quadrille d'étonnants épicéas centenaires, vestige d'un ancien jardin potager.

Ce jardin est le jardin de l'enfance, des souvenirs, des choses qui restent à inventer.
Il est à découvrir sans relâche.

J'avais aimé ses petits livres qui racontent la difficile présence au monde. Une écriture de la fracture, de la séparation, de la solitude et de la perte. Le travail de toute une vie. J'avais entrevu cette nostalgie d'un lieu archaique baigné par l'enfance qui prend naissance dans les hautes terres de la Margeride.
Partir. Revenir. Chercher ailleurs ce qu'il n'a pas trouvé ici?
Ecrire dans le silence absolu des pierres.

C'est pour rejoindre notre vie que nous écrivons, c'est pour toucher en nous les battement de son coeur que nous écrivons, que nous aimons.

J'avais envie de croiser ce regard hors du commun à la rugosité de la montagne jurassienne, aux accents, à la matière, au roc, aux voies, aux vies, à l'entrelassement des vies. Dérouler ce fil ténu qui relie Joel et Martin à travers une fraternité de coeur : Vincent la Soudière, immense poète trop tôt disparu

Sur les chemins, il y eu Martin.
Il y eu Joël et Martin
il y eu Joël, Martin et Bertrand, l'hôte de ces lieux.
Les noms magiques du git du désert, git du Toiron, git de la Sauge, Git de la Perche, passages millénaires d'hommes et de bêtes à travers la montagne, cotoient l'Euphrate, les bleds perdus du Nord malien, les villages de pêcheurs du lac Assoud, les habitations en ruine du massif calcaire d'Alep.

Fulgurances d'images au bord du lac des Mortes où accoudée sur des vestiges néolithiques, j'écris dans mon petit carnet cette inscription reccueillie sur le porche de la maison sous le Risoux :

« Laisser tout et vous trouverez tout .
Quittez la convoitise vous trouverez le repos »

Dans l'herbe tendre à peine sortie de l'hiver, Joel a ramassé un fer à cheval .. .
« pour que le bonheur ne s'en aille pas »

Marion Ciréfice , Chapelle des Bois/ Cinquétral Avril 2007

Poésie de l'instant

Textes imaginés par les adultes ayant participé aux chantiers d'écriture

- de l'hiver (avec Martin de la Soudière)
- et du printemps (avec Joël Vernet et Pierre-Alain Tâche)

 

Altérité


Je n’ai pas les mots pour dire le paysage.
Je reçois avec gratitude son ampleur, les signes du printemps, le souffle de l’air tiède, le terrain élastique sous mes pas, l’excitation des oiseaux, l’irrésistible percée des fleurs. Cette sensation animale de mon être dans le paysage est une sensation heureuse, mais elle n’est pas du domaine de mes mots.
Sans doute est-ce que la province des mots qui m’est familière est celle de la pensée et non des sens. La végétation qui m’entoure me livre la figure de cette altérité. Tout près de moi se trouve un petit tapis de pervenches. Le nom m’est familier depuis toujours. Je me suis fait une idée d’aveugle de ce qu’est le bleu pervenche. La notion de la couleur existait pour moi indépendamment de la fleur. Ce n’est que tout dernièrement qu’une vieille dame avec laquelle je me promène parfois me les a désignées, ces pervenches, et que je les ai vues pour la première fois. Cette toute petite fleur modeste avec sa fragile couleur pastel est venue un instant affirmer l’indépendance du monde par rapport à mon système de représentations.
Je ne suis pas fâchée qu’il en soit ainsi. Que le monde serait pauvre s’il était déjà tout entier contenu dans mes mots.


Irène Kruse, Chapelle-des-Bois/ Genève 14-15 avril 2007

 


L’eau de là

Au – dessus de la combe, le tilleul centenaire
Accueille l’enfant que tu regardes en toi
Au – dedans recueilli tu te dis
A six ou plus on l’embrasse

Au loin la rivière divague
Traverse cent frontières
Et fabrique du papier
Sans douaniers

Au tour des détours de nous dire pourquoi
Les rencontres de nos vies parlent aussi de la mort
L’eau parle de vous de nous de toi
Du jour d’aujourd’hui ici maintenant

Au – dessous dans la vallée
A bras raccourci l’ombre de l’homme à ligne
Dessine la démarcation
Du ciel de l’eau et de la terre

Alors des doigts à la mouche
Poisson vole
Vole l’enfance l’adolescence
Reste l’eau des ressources l’eau des rencontres


Ass. Texte à la lettre - Champagnole

(sans titre)

L'eau galope,heurte, choc et entrechoc des pierres; rochers
recouverts de mousse, ici vert ombre, là vert lumière.
Courir fougueusement , dévaler le petit sentier jusqu'à la Saine.
Résurgence.

Tiens le cheval blanc apparait! vision, mirage?
Ou est passé le chevalier celte?
Les suédois ont été bien attrapés, réchappée la mère avec son
bébé dans son giron telle la madone de la chapelle
Magie de sa robe-parachute, elle parcourt les vastes champs,
Mary Poppins des temps anciens...
Se laisser aller, glisser dans l'encoche bleue du toboggan rocheux,
Est-ce le château de la Folie au loin?

Mireille Paire, Foncine-le-haut/Lyon

 

 

Lettre à ma cousine


Effacée,
Un peu timide,
Non ce n'est pas toi;
Tu étais d'ici, trop d'ici,
Alors tu es partie.
Et maintenant tu reviens de temps en temps,
Mais tu ne t'y sens pas bien.
Tu as l'impression d'être devenue une étrangère, une ratrait.
Alors tu t'enfuis dans le Bayard,
Tu te réfugies dans le Mont Noir,
Parmi les arbres et les fleurs.
Là tu es heureuse.
Je comprends ta souffrance,
Et je me suis reconnue.
J'ai l'impression aussi de n'être pas d'ici.
Pourtant je ne suis pas partie.
Mais les autres te regardent,
Les autres te jugent.
Il faut toujours être à la hauteur.
Moi je ne peux pas.
Alors je m'enfuis au hasard d'une vieille vie,
Cachée sous les arbres et les fleurs.
Je me réfugie au creux d'un chazal.
Et je remonte le temps.
Je me sens en harmonie,
Là je ne suis pas jugée,
Là je n'existe pas,
Je suis.
Tu vois nous sommes tous quelque part
Des « ratraits ».
D'ici de là-bas ou d'ailleurs,

D'hier d'aujourd'hui ou de demain.
Je comprends ta souffrance
C'est ce que je voulais te dire,
Mais ils parlaient trop bien
Je n'ai pas osé,
C'est ce que je voulais te dire,
Mais ils parlaient trop fort,
Alors je me suis tue
Trop timide
Effacée

Kiki de la Pierralyne

 


L'odeur de la neige

La neige a une odeur
Bien au-delà de sa couleur
Elle a
L’odeur cotonneuse du blanc
Le lait cristallin rassurant
La trace spongieuse du passé
L’innocente incertitude du demain
A chaque pas
Des effluves dans mon imaginaire
S’évanouissent
Des essences arbitraires
M’envahissent
A chaque halte
Dans le même instant
A la fois trahi et révélé
Du tapis clair sous mes pieds
A l’horizon de lointain tapissé
Je foule nez au vent
Ce trop plein absorbant
Prenant tout de plein fouet
De l’enfance au présent
Et je suis seul au monde
Et cette odeur de presque rien qui me le rappelle
Au hasard
De mes enjambées de mes suspensions de mes retombées
Dans cette marche vers l’inaccessible nectar
Entre imaginaire et paysage intérieur
Je vous le cède en mille
La neige a une odeur.

Christophe Jasseron, Chapelle-des-Bois/ Lyon avril 2007

 


(sans titre)

Ombre de l’invisible
Le bourdon
Dans la roche fendue
Profonde et chaude
Bâtit son nid
Ignorant le pli éclaté
L’épaisseur du vide
Je m’y vois disparaître
Au-delà
Happé
Une manière de pardon
La grande roche me veut
Le creux dessine le nouveau paysage
Creuse son empreinte à l’eau forte

Le milan ivre face au vent
Pose sa signature

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Eclats
Découpés
Multiples
Illuminés du chant d’un merle
Jeté de jaune

Chevelure folle
Crêpée d’un gel de branches sèches

Apparition de l’eau
Qui bouillonne
Hors de mains en coupe
Terre liquide
Quitte la matière
Abandonne le berceau desséché
Oublie la pierre,
Le crâne source
Regarde le rouge du printemps
Voit l’agitation des herbes
Le frisson de la peau
Où est l’horizon ?

Catherine Serre - Foncine-le-haut/Lyon