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Dates du chantier : du 16 mai au15 octobre pour un rendu oralisé lors du 3eme volet de Anima’nimal le 15 octobre à la médiathèque dans le cadre d'un MICRO OUVERT


Consignes :

Laissez parler vos sens, laissez faire votre cœur, et remonter vos souvenirs ou votre imaginaire…En reprenant les mots et adjectifs lancés au débotté à Eric Wolff, guide naturaliste, par les aventuriers d’une balade sensorielle « à l’aveugle » dans les sous-bois du Jura, le 14 mai, lors du deuxième volet de Anima’Nimal, vous agencerez un écrit sous la forme de votre choix : reprendre ou pas tous les mots cités, y ajouter votre style et votre sensibilité, « cette petite voix intérieure qui fait de chacun un être unique, faisant partie d'un tout. »*

*Christophe Jasseron, membre du CA/Saute-Frontière


Matériaux pour la création

Fraîcheur / Résine / Terre / Rugueux / Ressource / Hêtre / Feuille / Racine / Confiance / Ver de Terre / Enjambement / Instabilité / Craquement / Verdoyant / Chatouilles / Douceur / Caresse / Main / Aléatoire / Lenteur / Curiosité / Profondeur / Gratte / Collant / Odeur

Contributions selectionnées

Christophe Jasseron
membre du CA/Saute-Frontière

Mortelle Randonnée

Une main aléatoire me conduit sur le chemin de la recomposition des mondes. Avec toute la lenteur qui sied à un projet si ambitieux, j'avance, tel un ver de terre surgissant de la profondeur de mes lointaines racines. Ballotté par cette étrange dualité oscillant entre confiance et instabilité, je me rapproche quelques instants du caractère de l'être humain. Il faut dire qu'en ce jour du mois de mai, je sens son odeur à mes côtés. Dans la fraîcheur d'une forêt de hêtres, ils sont là, à marcher, les yeux bandés, à faire semblant, à tour de rôle, d'être non-voyant. Que de vacarme et de manque de considération pour leurs semblables qui eux, sont continuellement plongés au coeur de l'obscurité. Les voilà maintenant qui se surprennent à écouter le subtil craquement que produit une feuille sous leurs pas hésitants. Devant un obstacle, ils testent l'enjambement. Face à un arbre, ils tripotent de leurs mains purifiées au gel hydralcoolique la résine d'un mélèze, d'un épicéa, d'un pin … ils ne savent pas encore très bien. A moins que ce ne soit un bois annoncé plus ''noble''. Et l'arbre dans tout ça, il en pense quoi ? Lui a-t-on demandé son avis, son ressenti ? Y a-t-il eu quelque part dans ce bref échange interaction entre le langage de l'arbre et celui de l'homme ? Permettez-moi d'en douter. Moi, Lumbricus Terrestris, petit ver commun, pur produit de la terre nourricière, officiant modestement depuis des lustres mais mortel parmi les mortels, veuillez bien croire qu'à mon échelle, de les voir s'agiter avec autant de curiosité le temps d'une balade dite '' sensorielle '', cela m'amuse terriblement. C'est probablement parce qu'ils en ont perdu depuis des générations leur part d'animalité. Cette douceur de l'existence qui leur a échappé dès lors où ils se sont mutuellement civilisés, entrant dans une sorte de politesse sociale castratrice. Le côté rugueux de leurs autoroutes, aseptisé de leurs lotissements individuels et leurs gratte-ciel, verdoyant bien propre de leur univers ôté de toute sauvagerie, cela les rend fiers d'eux-mêmes, dans leur manière d'habiter le monde. Ils se consolent les uns les autres en s'offrant des caresses allant dans le sens du poil, de leurs poils à eux. Oh bien sûr, parfois ils se mettent à douter, à vibrer à travers leur fibre végétale, comme le fait tout être vivant ici-bas. Mais aussitôt après, une fois cette chatouille passagère terminée, une fois passée l'entorse cédée au confort dans lequel ils se sont auto-enfermés, soit volontairement, soit par un genre de processus inéluctable, ils replongent dans la platitude si sécurisante avec laquelle ils éduqueront leur propre géniture. Tel un papier collant utilisé d'ordinaire pour absorber les mouches ou tout autre nuisible, l'homme ressort son plus beau cahier pour y annoter ses belles certitudes, dont celle qu'il a généralement de se considérer comme un être de '' race supérieure ''. Ainsi dit, notre groupe de randonneurs semi-naturalistes du jour s'en retourne benoîtement dans un endroit plus familial et convivial que celui des hôtes de la forêt.

Fréderic Jésu

Avec ou sans douceur<br> mais tout en profondeur,<br>la main caresse : curiosité<br>et puis chatouille : instabilité.<br>Elle gratte, sa ressource est lenteur,<br>jusqu’aux racines de l’odeur.<br>Mais rugueuse est la feuille : craquement<br>et confiante est la terre : enjambement.<br>C’est sans parler du ver de terre<br>fuyant la fraîcheur de l’hiver<br>et croyant sauter la frontière :<br>c’est à la résine qu’il adhère.<br>Il trouve ce monde verdoyant<br>oui mais un peu trop collant.<br><br>Hêtre ou avoir : tel est l’aléatoire<br>qui anima l’animal<br>sur les hauteurs de Cinquétral.

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